MOTIVATIONS DES VISITEURS

Lors de certaines visites, élèves et professeurs ont une démarche particulière
et un travail ciblé sur la 2ème guerre mondiale.

Enseignant: Helder Gil 
Objet: Le projet pédagogique d'éducation à la citoyenneté européenne intitulé "Racisme - Déshumanisation - Génocide"
Témoignage:

Je vous transmets les deux premiers numéros du Petit Philipe. Le troisième numéro sera sur notre voyage. Vous avez également en pièce jointe le fascicule de travail réalisé en Pologne. Ainsi nous sommes allés à Cracovie entre le 25 et 28 janvier 2016 en avion – compagnie easy-jet. Nous avons visité la mine de sel de Wieliczka, puis les camps d’Auschwitz I et II. Le troisième jour nous avons visité Cracovie avec le Wawel, les quartiers de Kazimierz et de Podgorze et le musée Schindler. Les 43 élèves ont complété le fascicule durant le séjour. Ils ont également rencontré leurs correspondants polonais  rencontrés sur e-twinning. Ils sont encore en lien avec leurs correspondants. Ils ont échangé et continuent d’échanger en langue anglaise. Les élèves de 3ème A et B ont réalisé des articles sur le projet transdisciplinaire, linguistique et pluriannuel « Racisme-Déshumanisation –Génocide ». Ces articles sont accessibles sur le site du collège.

Pour le fascicule en Pologne, les élèves ont complété des questionnaires en relation avec les cours d’anglais, d’histoire-géographie, de mathématiques, de Physique-Chimie et d’Education Morale et Civique lors de  la sortie de Drancy et lors du voyage en Pologne. Nous avons même eu un article dans la revue mensuelle locale Oxygène à la page 45. 

Les élèves ont pris des photos et ont commencé à élaborer un compte rendu du voyage sous forme d’articles, de power point et d’une vidéo. Certains articles seront postés sur la plateforme eTwinning.

Liens:

https://www.etwinning.net/fr/pub/profile.cfm?f=2&l=fr&n=117919
http://fr.calameo.com/read/003182030f758664e63d0
http://fr.calameo.com/read/00318203022999c62c950
http://fr.calameo.com/read/0007627817664290b1c12


J'espère néanmoins travailler avec vous l'année prochaine. J'ai demandé ma mutation à Paris. Avec l'équipe pédagogique sur place et nos élèves, nous continuerons à monter des projets.
Je tiens par terminer par nos remerciements à Monsieur Bloch dont le témoignage a été formidable pour nous. Notre travail à Drancy se voit dans le journal n°2 et la revue Oxygène.
Bien à vous,
Helder GIL

Le 24 septembre 2010, une dizaine de professeurs d'histoire de Melbourne, Australie envoyés en Europe pour étudier la seconde guerre mondiale, sont venus à Drancy. A la fin de leur visite, une enseignante a lu le texte ci-dessous devant le monument.

 

Etudiants australiens


Nous jurons et nous nous souvenons

Nous reconnaissons notre obligation de commémorer la Shoah.

Nous sommes les réceptacles du souvenir de ceux et celles qui ont péri et dont les échos imprègnent notre conscience.

Nous dédions cette promesse à vous, et aux parents qui ont souffert et survécu.

Aux grand- parents qui périrent dans les flammes.

Aux frères et sours disparus, au plus d'un million d'enfants juifs si brutalement assassinés.

Aux six millions de Juifs et autres groupes minoritaires dont l'esprit inébranlable et dont la résistance physique ont été un exemple d'engagement pour la vie même dans ces camps et ghettos.

Nous jurons (devant la Bible) de nous souvenir.

Nous faisons serment d'enseigner à nos élèves l'importance du courage et de se battre pour ce en quoi chacun croit et de leur parler des justes qui risquent leur vie pour sauver et protéger autrui.

Nous faisons serment de d'écrire au monde les profondeurs abyssales jusqu'où l'humanité peut s'enfoncer et les sommets de l'enfer qui furent atteints.

Nous faisons serment de combattre l'antisémitisme et toutes formes de haine raciale par notre attachement à la liberté et à la tolérance à travers le monde.

 
Nous affirmons notre engagement à éduquer les générations futures et à s'assurer que les leçons de l'histoire se perpétuent.

 

FIN 2009: Collège Daudet de Draveil


Comme les années passées, à la demande du collège Alphonse Daudet de Draveil, 2 classes de 3ème sont venues accompagnées de leurs professeurs Mmes Breton et Bisson .
Quatre de ces élèves font le concours national de la Résistance. Le témoin, notre ami Gabriel Benichou était leur  interlocuteur. Ci-dessous le travail de ces jeunes, et leur photo entourant M. Bénichou.          

Cher Monsieur Tinader,

Nous avons été très surprises, nos élèves n'ont jamais travaillé aussi vite : 2 m'ont rendu leur travail lundi matin et les 2 autres cet après midi par mail.

D'ailleurs tous les élèves de la classe ont été très interessés par l'intervention de Monsieur Benichou et ont suivi ce matin tous les journaux qui parlaient du 65ème anniversaire de la libération d'Auschwitz. Ils sont très motivés cette année.

Voici donc la synthèse commune. Avec tous nos remerciements.

En ce 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, les élèves de 3ème du collège Daudet de Draveil, dans le cadre de leur projet pédagogique Non à l’Indifférence, ont voulu ne pas oublier que la date du 27 janvier était devenue la journée  internationale de la mémoire des victimes de  l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité. Ils ont eu l’honneur de rencontrer dans les locaux de l’AFMA de Drancy, Monsieur Gabriel Bénichou, un ancien déporté qui a survécu à l’enfer concentrationnaire de 3 camps : Auschwitz,  Varsovie et  Dachau ainsi qu’à 2 marches de la mort.

Quatre élèves, Jérémy, Chloé, Laurianne, Maeva racontent…

Notre témoin Mr Bénichou, au centre

« Je suis né  le 15 décembre 1926 à Tlemcen, sous-préfecture d’Oran, en Algérie, département français à l’époque. J’ai vécu une enfance heureuse et agréable, dans un milieu Juif plutôt aisé, au sein d’une famille dont l’origine algérienne remontait déjà à plusieurs générations.

En 1941, les lois antisémites de Vichy sont les mêmes en Algérie qu’en métropole : presque tous les élèves juifs ne sont plus acceptés dans  les écoles, excepté un très faible numérus clausus. Comme mon frère David et moi-même désirons vraiment poursuivre nos études, notre sœur aînée, qui vit à Marseille avec son mari, réussit à nous faire admettre au lycée St Charles, en internat. L’année se passe plutôt bien en dehors des problèmes de restrictions dus à la guerre, nous allons chez notre sœur le jeudi et le week-end, mon frère obtient son bac, et je réussis mon année scolaire sauf une épreuve d’anglais que j’ai à repasser à la  rentrée.

Fin 1942, la vie quotidienne change à Marseille car le débarquement anglo-américain en Afrique du nord entraîne en représailles l’occupation de la zone sud. La situation devient encore plus difficile, en janvier 1943, après la rafle du vieux port (tous les Juifs raflés seront gazés à Sobidor).

Pour échapper à l’arrestation, je ne sors pas du lycée, même le jeudi et le dimanche, à la grande surprise des pions qui ne comprennent pas pourquoi je reste au lycée alors que je ne suis pas puni. Mais comme le calme semble revenir, le 8 avril, je me décide enfin à aller chez  ma sœur que je n’avais pas vue depuis plusieurs semaines. Au beau milieu du repas, on sonne à la porte… c’est la Gestapo ! Je suis arrêté avec ma sœur et mon beau-frère, conduit à la prison St Pierre où nous sommes jetés dans une pièce obscure où se trouvent d’autres raflés allongés sur des bottes de paille. Le lendemain, un Allemand nous demande de lui remettre tous nos objets de valeur, que nous ne  reverrons plus, évidemment… et ne nous donne aucune explication sur les motifs de notre arrestation.

Nous sommes ensuite transférés dans la région parisienne à la prison de la Santé puis, le 23 Avril, à Drancy, dans « la Cité de la Muette », un HLM en construction transformé en camp de transit. Les cloisons entre appartements ne sont pas encore construites et les grandes salles remplies de lits font office de dortoirs. Nous sommes gardés par des policiers français que nous voyons peu. Mais tout change quand les Allemands prennent la direction du camp : nous sommes obligés de travailler (je deviens peintre en bâtiment), nous  n’avons plus le droit de recevoir de colis ni de courrier… et le rythme des convois de déportation s’accélère.

Je suis déporté le 18 Juillet 1943 par le 1er convoi partant directement de la gare de Bobigny. Après le discours d’un officier SS qui nous explique la chance que nous avons d’aller travailler tranquillement en Allemagne alors que les jeunes Allemands se battent à Stalingrad, nous sommes enfermés dans des wagons « 40 hommes, 8 chevaux » et arrivons à Auschwitz Birkenau  trois jours plus tard. Nous ne savons pas que nous sommes dans un camp d’extermination ! Très fatigué par le voyage, je me dirige spontanément vers les camions qu’on nous propose à la descente du train. Heureusement, mon beau frère me retient. Nous apprendrons le lendemain que ces camions menaient directement à la chambre à gaz tous ceux qui y étaient montés.

Dans cet immense camp divisé en trois parties elles-mêmes subdivisées en sous-camps isolés par des barbelés électrifiés et surveillés par des SS depuis des miradors, on nous fait d’abord entrer dans une baraque où nous devons nous déshabiller, où nous sommes tondus, badigeonnés de désinfectant, douchés avant qu’on ne nous donne d’autres vêtements et une paire de sabots que nous devons surtout ne pas perdre. Quelle n’est pas notre surprise d’entendre les coiffeurs nous prévenir, en français, que nous sommes tombés en enfer et que nous ne pourrons pas survivre longtemps ! On nous distribue ensuite une gamelle de soupe que nous devons  laper comme des chiens mais nous ne pouvons avaler toute cette quantité de liquide. Notre surveillant se jette aussitôt sur les restes et lèche le fond de la gamelle. Peu de temps après, j’accomplirai les mêmes gestes que « ce morfalou » ! Le lendemain, nous sommes tatoués et enregistrés. Je déclare avoir 15 ans (au lieu de 16), espérant ainsi obtenir un peu de clémence de la part des SS. Je ne savais pas que tous les moins de 15 ans et les plus de 50 ans étaient systématiquement gazés !  Après quelques jours de quarantaine, nous sommes affectés au camp de travail. Le block où nous logeons est une grande baraque avec de chaque côté des châlits de trois étages assez larges pour contenir cinq hommes. Le matin, nous sommes réveillés très tôt pour l’appel, puis nous partons au travail. Nous devons transporter de grands panneaux en bois, ce qui n’est pas évident quand on ne comprend pas les ordres en allemand. Mais notre plus grand motif d’inquiétude, ce  sont «  les sélections ». Des rumeurs contradictoires circulent et nous ne savons jamais si c’est pour la chambre à gaz ou un autre kommando de travail. C’est pourquoi lorsque le médecin SS passe devant nous, je bombe le torse et lève le menton pour paraître en bonne santé.   

En octobre 1943, je suis sélectionné pour partir à Varsovie, juste après l’insurrection du ghetto réprimée par les SS. Dans ce nouveau camp de concentration construit un mois plus tôt par des déportés grecs, notre travail est de déblayer les ruines et de récupérer tout ce qui peut l’être dans les décombres des appartements, des caves… Même les briques sont  nettoyées puis envoyées en Allemagne ! Je vais rester presque un an dans ce camp où j’ai vraiment pensé mourir avant d’être libéré car j’ai eu le typhus !

Un jour, en août 1944, nous entendons des coups de canons.  Nous savons que ce sont les Russes qui se rapprochent. Nous souhaitons, naïvement, qu’une bombe tombe sur le camp afin de pouvoir nous échapper. Mais notre vœu n’est pas exaucé. Le lendemain, les Allemands rassemblent tous les déportés. Nous sommes environ 5000.  Nous partons à pied, en colonnes par cinq : c’est la première marche de la mort sur le plan chronologique (la plus connue étant celle d’Auschwitz). Ceux qui s’arrêtent sont abattus d’une balle dans la tête et  leur cadavre est laissé sur place. Nous marchons environ 150 kilomètres jusqu’à Kutno où nous sommes entassés à quatre-vingts par wagon. Les Allemands ne savent pas quoi faire de nous et nous restons trois jours sans manger ni boire. En ce mois d’août, en pleine chaleur, l’absence d’eau est intenable et nous en arrivons à boire notre urine ! 

Nous partons enfin à Dachau où nous ne restons que quelques semaines avant d’être envoyés dans des camps satellites réservés aux Juifs : Kauffering où je suis affecté dans un kommando de bûcherons, puis, en Novembre 1944 Landsberg où je construis les cheminées des blocks, puis deviens maçon et enfin infirmier. Nous sommes en hiver et dans cette région au climat continental, le froid est terrible !

Vers le 15 avril 1945, nous entendons à nouveau des bombardements et des coups de canons, cette fois, ce sont les Américains. Aussitôt, les Allemands, après  nous avoir  obligés à assister à une pendaison pour nous impressionner, nous reconduisent à Dachau. Comme tout est ouvert, nous prenons dans les cuisines toute la nourriture que nous pouvons et dans les réserves des vêtements civils sans que personne n’intervienne. Le lendemain, les Allemands nous font quand même reprendre la route en colonnes par cinq : c’est ma 2ème marche de  la mort. Nous marchons je ne sais combien de temps et nous parcourons je ne sais combien de kilomètres ;  je ne me sens pas bien du tout avec tout ce que j’ai mangé la veille.

En nous réveillant, le 2 mai, nous nous rendons compte que les Allemands ont disparu. Nous rejoignons rapidement la route principale et voyons passer de drôles de voitures avec une étoile. Nous ne savions pas que c’étaient des jeeps américaines ! Dans une petite ville, des prisonniers de guerre français nous hébergent dans une école qu’ils avaient réquisitionnée. C’est là que j’ai une épouvantable dysenterie au point que je charge un ami d’informer mes parents que je suis mort, mais libre ! Je finis pourtant par me rétablir, nous partons pour Munich, et sommes enfin rapatriés en France via Sarrebourg.

Dès notre arrivée à Paris en Juin 1945, nous sommes accueillis à  l’hôtel Lutetia. Nous y recevons des soins et une aide matérielle. Par miracle, j’y retrouve dès le lendemain mon beau-frère qui y est médecin depuis son retour des camps. Par contre, nous espérerons longtemps le retour de ma sœur tout en ayant conscience qu’il s’agirait d’un miracle.

Un jour, mon frère David, cantonné à cette date en Bavière, après avoir été mobilisé en Algérie dans la 9ème Division d’Infanterie coloniale du général Delattre de Tassigny, arrive lui aussi à Paris. Il me pousse à repartir en Algérie pour revoir mes parents.

Tout le monde m’attend avec joie et émotion à Tlemcen. Mais bientôt, je me rends compte que personne ne peut comprendre ce que j’ai vécu et que personne n’a entendu parler des camps, même certains militaires ! Tout ce que j’aurais pu dire était tellement invraisemblable que l’on m’aurait pris pour un affabulateur. Comment dire l’indicible quand on est un survivant ? Comme je le dis souvent : « Les oreilles étaient fermées, les bouches se sont tues ». Pendant vingt ans, j’ai rêvé tous les soirs que je retournais à Auschwitz ! C’est ma femme qui m’a aidé à sortir de l’enfer concentrationnaire. Quelques années plus tard, je suis retourné sur ces lieux de  souffrance avec elle. Cela a été un exorcisme ! Je peux maintenant raconter le passé. Ce sont mes petits-enfants qui m’ont poussé à témoigner sur la Shoah  lorsque, en 3ème,   ils ont étudié la deuxième guerre mondiale, et je continue à œuvrer pour le devoir de mémoire ».

Madame Claire Bisson et Madame Françoise Breton, professeurs au collège Daudet
 

 MJJUIN 2009: Collège La Galicy




15/01/2009:
Collège Alphonse Daudet de Draveil (Essonne)

Professeurs: Mme Breton et Mme Bisson (ces professeurs ont participé au voyage à Auschwitz d’avril 2008).



Mr Lehrer et les collégiens de Draveil (Essonne)

Vous trouverez ci-dessous le travail que leurs élèves ont effectué à la suite de leur visite et le témoignage de Mr Léon Lehrer.

Dans le cadre de leur travail « Les jeunes, des acteurs essentiels pour la paix » dont le 2ème thème porte sur « Les enfants et les adolescents dans la Déportation », les élèves de 3ème du collège Daudet de Draveil, ont eu l’honneur de rencontrer, dans les locaux de l’AFMA à Drancy, Monsieur Léon Lehrer, ancien déporté d’Auschwitz.  Ils ont recueilli son témoignage afin de transmettre son Histoire à leurs camarades afin que les générations futures n’oublient jamais cette sombre période de notre histoire:

"A 89 ans, je veux continuer à témoigner pour faire comprendre aux jeunes la barbarie des nazis.  Je suis toujours aussi révolté contre toute forme de  fascisme.

 Je suis né en 1920 à Paris de parents juifs.  En 1942, devant la menace de grandes rafles, je pars rejoindre mes sœurs à Toulouse en zone libre, mais, fin Novembre, l’Allemagne envahit le sud de la France. Un an plus tard, peut être à cause d’une dénonciation, je suis arrêté avec une de mes sœurs par la Milice française, incarcéré à la prison Saint Michel, puis transféré à Drancy. A cette époque, ce camp est formé de  grands bâtiments dont les « chambres » n’ont ni porte, ni fenêtre ce qui est difficilement supportable avec le vent glacial de l’hiver ; et le sol est encore « brut de béton ».

En Janvier 1944, alors que je n’ai que 23 ans, je suis déporté pour « je ne sais où en Pologne ». Dès la gare de Bobigny, je découvre la barbarie nazie, j’assiste à un premier assassinat. Tandis que les gendarmes français poussent très brutalement les déportés dans des wagons à bestiaux, un soldat nazi tue à coup de crosse une petite fille sortie du rang pour ramasser sa poupée qu’elle avait fait tomber, puis exécute la mère d’un coup de fusil.

Le voyage en train est un enfer. Nous sommes entassés à 60 ou  80 par wagon, debout, sans pouvoir bouger ni évidemment nous asseoir. Nous manquons d’air, de lumière. Nous avons trop chaud  car nous sommes très couverts (il ne faut pas oublier que c’est l’hiver), et la soif commence à nous torturer. A cela vient s’ajouter la puanteur : chacun fait ses besoins là où il est (il n’y a pas de toilettes, évidemment).  Peu à peu le silence s’installe car on ne peut plus parler (notre langue semble épaissie) ni pleurer (nos larmes se sont taries). Nous avons l’impression de mourir sur place. A ma grande honte, pour pouvoir me reposer, je m’assois, comme les autres,  sur ceux qui tombent par terre !  Je rêve de pouvoir remuer et respirer !

Au bout de 3 jours et 2 nuits, le convoi s’arrête et la porte s’ouvre.  C’est une vision d’apocalypse ! Il fait noir et très froid (peut être moins 10 ou moins  20°) ! Des projecteurs balaient le quai d’une lumière violente et le sol est recouvert d’un tapis blanc. La neige pénètre en bourrasques dans nos wagons. On entend des cris et des aboiements. Ce sont les SS qui se rapprochent. Ils tiennent leurs chiens en laisse et nous donnent des ordres que nous ne comprenons pas.  Ceux qui peuvent encore faire un effort sautent sur le quai enneigé, les autres sont mordus par les chiens et jetés dehors par les nazis.

Un interprète nous informe que nous devons nous séparer en 2 groupes : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre. Les cris et les pleurs recommencent car les familles ne veulent pas se séparer mais le commandant donne des coups de trique et lâche les chiens sur ceux qui ne veulent pas obéir. Les femmes et les enfants sont donc obligés de monter le plus vite possible dans des camions. On ne les reverra plus.

Les hommes eux-mêmes sont séparés en deux groupes. Seuls les jeunes sont « sélectionnés » et doivent  partir à pied. Pour nous faire avancer rapidement, alors que nous sommes complètement épuisés et frigorifiés, les soldats nous donnent des coups de schlague. Nous essayons en cachette de manger de la neige pour nous désaltérer mais nous avons toujours aussi soif. Au bout de deux heures, nous arrivons dans un grand champ de neige pas très loin d’une longue baraque. Nous devons nous mettre complètement nus dehors, dans le froid. C’est à ce moment que je reçois mon premier coup de crosse…car j’avais gardé mes lunettes ! Le sang coule sur mon visage, je ne vois plus de l’œil droit. J’ai toujours la cicatrice !

Des déportés en pyjamas rayés arrivent alors pour ramasser nos affaires, et nous font entrer dans le bâtiment. On nous donne l’ordre de monter sur un banc et d’autres pyjamas rayés nous rasent des pieds à la tête. Puis, on nous demande de nous asseoir et de tendre le bras gauche : nous sommes tatoués. Le numéro que je dois maintenant connaître par cœur en allemand est le 172 749… mais je ne l’apprends pas assez vite pour obtenir le café chaud qui nous est distribué après.

Nous recevons un pantalon, une veste, une paire de sabots, et un bout de tissu (avec notre numéro) que nous devons coudre mais nous n’avons ni fil ni aiguille !  On nous emmène ensuite dans notre baraque. Le chef de block, un interné de droit commun, hurle qu’il faut toujours obéir très vite à ses ordres et pour que nous comprenions bien ses dires frappe comme un sauvage avec son gourdin un pauvre type qui n’avait rien fait, avant de l’étrangler avec le manche d’une pelle… c’est notre premier jour à Auschwitz !

Dès le lendemain, après l’appel, je dois travailler : poser des rails en pleine campagne. Nous sommes  plusieurs pour soulever les longues pièces de fer mais c’est quand même très difficile à saisir, très lourd, et nos mains collent sur le métal froid. Je me rends rapidement compte que je ne tiendrai pas longtemps si je continue ce travail c’est pourquoi je précise à mon Blockmeister que je suis électricien. Je ne veux pas finir dans la chambre à gaz… que j’ai découverte en montant une petite hauteur près de la voie ferrée. J’ai vu un camion arriver, des femmes et des enfants s’engouffrer dans un bloc de désinfection et disparaître à jamais. J’ai vu des déportés aligner ensuite les cadavres, tondre les cheveux des femmes et prendre les dents en or. Je n’ai jamais oublié l’odeur, la puanteur ne m’a jamais quitté !

Si je m’en suis sorti c’est que, quelques jours plus tard, j’ai été appelé pour travailler à la Buna,  le centre industriel en construction. J’ai déclaré que j’étais sorti premier des Arts et Métiers (alors que je ne suis même pas bachelier mais je connaissais ce nom grâce à mon instituteur). Mais, pour vérifier si j’étais bien électricien, un ingénieur allemand m’a demandé de compléter le schéma d’une installation électrique. J’ai donné le change en suivant le tracé des fils avec un crayon à papier et en parlant tout le temps…en Français… alors qu’il ne parlait que l’Allemand. Ce mensonge m’a permis de survivre 11 mois en travaillant à l’abri et pas dehors dans la neige !

Je veux terminer cette matinée sur une très belle phrase tirée d’une chanson de Jean Gabin : "C’que j’ai appris (de la vie), ça tient en 3,4 mots : Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau’. Et bien, après les camps,  je me suis marié, j’ai eu des enfants… et maintenant il y a 36 personnes que j’aime et qui m’aiment… Et vous aussi, je vous aime, les jeunes qui m’avez écouteé si gentiment".  

4/01/09 : Collège Antoine Coysevox, Paris 18ème

Professeur : Mme Lagié

2 objectifs : a) Concours de la Résistance et de la Déportation.

          b) Tournage d’un film sur l’enquête menée par des élèves sur la vie des enfants de 1940 à 1944 (cinéaste Nicolas Ribowski).

Visite du 10/12/08 : Lycée Charles François Lebrun 50200 Coutances et l’association Les Sentiers de la Mémoire :


Professeur : Messieurs Savary et Vérove

Semaine de la Mémoire du 2 au 7 mars 2009. Projet inscrit dans la continuité des travaux engagés par la Junior Association depuis l’automne 2004. C’est aussi et surtout le prolongement de l’expérience exceptionnelle vécue lors du 1er cycle de témoignages du 31 janvier au 1er février 2008.

Thèmes des témoignages : Les Ghettos – La Déportation – Les enfants cachés – Les Justes ; avec la présence de Témoins et la projection de films.

Visite du 13/11/ 08 : Lycée Professionnel Georges Guérin, 92200 Neuilly-sur-Seine

Professeur : Mme Azzopardi

Dans le cadre de l’organisation de « sorties citoyennes », des élèves ont décidé de contacter notre association afin de visiter l’ancien camp de Drancy.
Les élèves sont personnellement très intéressés par ce sujet. Ils se sont occupés de tout l’aspect organisationnel de cette visite.
Ils présenteront à une autre classe et à l’équipe pédagogique, un « power point » sur cette visite.

 

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